« Moi, Nicolas Rolin, chevalier, citoyen d’Autun, seigneur d’Authume et chancelier de Bourgogne, en ce jour de dimanche, le 4 du mois d’août, en l’an de Seigneur 1443 …dans l’intérêt de mon salut, désireux d’échanger contre des biens célestes, les biens temporels …je fonde, et dote irrévocablement en la ville de Beaune, un hôpital pour les pauvres malades, avec une chapelle, en l’honneur de Dieu et de sa glorieuse mère … »
Le 2e quart du 15e siècle est marqué en Bourgogne par des famines, des épidémies et les exactions des bandes d'écorcheurs. En 1441, le pape Eugène IV autorise Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, à fonder un hôpital pour les pauvres et les malades avec une chapelle. Il choisit Beaune pour établir son institution charitable. Il place l'hôpital sous le vocable de saint Antoine et fixe le nombre de lits de la grande salle à 30 répartis de part et d'autre, près de la chapelle. Le premier malade entre dans la salle des pauvres le 1er janvier 1452.
Dans son œuvre comme pour le bâtiment, Nicolas Rolin ne laissa rien au hasard : l'Hôtel-Dieu se devait d'être un édifice exceptionnel. Plus beau, plus grand, l'Hôtel-Dieu de Beaune sera achevé en neuf ans, mobilisant les artistes les plus prestigieux du pays des Flandres, associés à ceux du vieux cœur de la Bourgogne. Loin d'être passive, la population prêta son concours à l'édification de ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique.
La Grande Salle des ''Pôvres'', aux dimensions majestueuses (46,30 m de long et 16 de haut), est soutenue par une voûte en carène de navire. Elle abrite les couches des malades, toutes couvertes de rouge, et orientées vers la chapelle afin que les pensionnaires puissent suivre les offices dans les meilleures conditions possibles.
30 lits sont alignés le long des murs, isolés les uns des autres par des cloisons et des rideaux. Le décor originel a été préservé. On retrouve, sur le pavement, les initiales de Nicolas et de Guigone
La chapelle, dans le prolongement de la nef, permettait à tous les alités de suivre les offices et de participer par leurs prières au salut des bienfaiteurs.
La salle Saint-Hugues, conçue par un mécène beaunois nommé Hugues Bétault, est le siège de l'infirmerie. Les différents aménagements témoignent de l'évolution du confort apporté aux malades : tablettes pour les effets personnels des malades, cordes de maintien, etc.
La cuisine, pour sa part, n'est pas la moins surprenante des salles du bâtiment : on peut y voir le malicieux Messire Bertrand tourner inlassablement sa broche au-dessus du feu depuis 1698. Le secret d'une telle longévité ?
Notre Bertrand est un automate, oeuvre de l'horloger De Fresne, un ingénieux enfant de la cité bourguignonne.
Le visiteur peut également admirer les ustensiles de cuivre, dont faisaient usage les résidents de l'Hôtel-Dieu.
La pharmacie occupant deux pièces contiguës présente ses étains anciens et toute sa collection de pots de faïence de Nevers.
la grande salle Saint-Louis construite à la fin du XVIIe siècle à l'emplacement d'une grange, servait elle aussi à l'accueil des malades. Elle rassemble aujourd'hui en son sein une partie des collections de mobiliers, tapisseries et objets d'art des Hospices de Beaune. En son centre, la fontaine de marbre est l'ultime témoignage de sa vocation d'origine : offrir aide et protection aux plus démunis.
La richesse artistique des Hospices ne serait pas complète sans les tapisseries et les tableaux, tous d'une rare beauté. Le plus célèbre d'entre eux est sans conteste le "jugement dernier", célèbre polyptyque de Roger Van Der Weyden. Nicolas Rolin considérait celui-ci comme le plus grand peintre flamand après le décès de Jan Van Eyck.
Le polyptyque à la loupe Oeuvre magistrale, le polyptyque est empreint d'un profond symbolisme, en parfaite adéquation avec les notions de salut, de jugement céleste telles qu'on les concevait au XVe siècle. Installés au-dessus de l'autel dans la grande salle des pôvres, les neuf volets du tableau inondent de lumière les visages des malades, chaque dimanche et jour de fête. On y voit, dans un ciel étincelant de dorures, le Christ ressuscité entouré des saints et des apôtres. Sous leurs pieds, dans les crevasses asséchées d'une terre brune, les hommes rappelés à la vie s'adressent à leurs "juges".